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Comment réinventer l'enseignement du droit ?

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Cours de codage ou internat en immersion professionnelle sont deux concepts bien lointains de l’idée que l’on a des études de droit. A l’occasion de la cinquième édition des rendez-vous de l’innovation pédagogique organisée par EY mercredi 23 mai 2019, les participants se sont pourtant penchés sur ces questions.

Non, les juristes ne connaissent pas le code civil par cœur. Et non les juristes ne sont pas non plus des rats de bibliothèque cloîtrés en haut de leur tour d’ivoire. Ce sont des professionnels qui font face à la montée de l’intelligence artificielle, qui travaillent avec leur temps. Pourtant, les cours des facultés de droit tardent à réinventer leurs formations. Si certaines matières en lien avec les enjeux actuels, comme les nouvelles technologies, voient le jour, la dictée de cours magistraux et la théorie restent encore au centre des cours d’un étudiant en droit.

L’apparition de formations centrées sur le digital

Numérique, digital, intelligence artificielle, cyberjustice et justice prédictive sont tant de domaines auxquels le juriste ou l’avocat de demain devra faire face. Mais selon Mélanie Parnot, avocate et co-présidente du Réseau national des incubateurs du barreau, les étudiants n’en sont que très peu conscients : « La jeunesse s’est projetée dans l’idée du métier d’avocat avec celle qu’on leur a donnée et innover ne les intéresse pas », assure-t-elle. Alors certaines écoles d’avocats, comme celle de Lille ou Strasbourg cherchent à « se dépoussiérer ». Stages, cours de codage ou partenariats aident les élèves à prendre conscience que le métier d’avocat n’est plus le même qu’avant.

Pour les juristes, de nombreuses formations sont nées après la création du Diplôme universitaire (DU) « T2DL - Transformation Digitale du Droit & Legaltech » de Paris 2 Panthéon Assas en 2016. A Nîmes, Nice, Reims ou Strasbourg, les enseignants proposent des DU ou des modules aux étudiants en supplément des cours de leur master. Les professionnels déjà en activité peuvent également avoir accès à la plupart de ces enseignements. Ces leçons en petits comités cherchent à permettre aux juristes d’appréhender la réalité digitale du droit. Ils pourront ainsi « éviter les biais des machines », comme l’assure Julie Chapenet, coordinatrice de la Fablex DL4T et chercheuse auprès de l'Université de Nice. Mais pour réaliser des ateliers codage ou cyberjustice, la façon de transmettre le savoir au sein des universités de droit semble devoir être revue.

Révolutionner les manières d’enseigner

Prendre conscience des nouveaux enjeux du professionnel du droit est de toute manière compliqué lorsqu’on ne peut se rendre compte de la réalité du métier. Julien Roque, a alors décidé de créer la Clinique juridique de Montpellier, lieu où les étudiants peuvent mettre un premier pied à l'étrier en offrant des consultations juridiques. « L’objectif à terme, est d’incorporer toutes les professions du droit : notaires, huissiers juristes et d’intégrer au cursus une sorte d’internat comme en médecine, pendant au moins un semestre », explique-t-il.

Pour Mélanie Parnot, « il faut garder à l’esprit que l’avocature est une mission sociale et donc innover aussi de ce côté pour rendre les étudiants acteurs de leur apprentissage ». L’avocate voudrait effectivement s'inspirer de la méthode éducative finlandaise de la « Team Academy » pour créer en partenariat avec la Clinique juridique, huit semaines de pratique et de projets pour une vingtaine d'élèves. Le but : développer l’esprit d’initiative et l’autonomie de l’étudiant. Sans aucun cours ni professeur, celui-ci innove, construit des projets et apprend de ses erreurs. Un projet ambitieux qu'il reste à faire accepter à la fois aux universitaires, aux professionnels et aux étudiants. 

Louise Jammet